La place du sport dans les contrats de ville et de ruralité en Auvergne-Rhône-Alpes

Publié par Pierre Grousson le 25 février 2022

Mieux comprendre la prise en compte des activités physiques et sportives dans les contrats de ville et les contrats de ruralité, telle était l’intention de l’étude réalisée en 2018 / 2019 par l’ex DRJSCS Auvergne-Rhône-Alpes. In fine, il s’agissait d’identifier les clefs d’une meilleure prise en compte du sport dans ces contrats.

Revue des principaux enseignements tirés de ce travail collaboratif alors que les contrats de ville arrivent à leur terme au printemps 2022.

terrain de sport dans la métropole de Lyon
David Desaleux

Un protocole d’études mixant des approches documentaires et d’enquête

L’étude s’appuie 1/ sur une lecture exhaustive des 45 contrats de ville et des 63 contrats de ruralité existants alors sur la Région et 2/ sur une enquête réalisée auprès des territoires au mois de septembre 2018 (collecte d’un peu plus de 50 réponses) suivie d’entretiens qualitatifs avec certains acteurs ressources sur les territoires. Cette mixité d’approche a permis de mener une analyse itérative et comparative, contrastant les ressources documentaires étudiées avec la réalité de terrain rencontrée par les acteurs locaux.

Le périmètre de l’étude

etude Emoha
Source : Etude sur la place des APS dans les contrats de ville et les contrats de ruralité, DRJSCS Auvergne-Rhône-Alpes, Emoha groupe Pluricité 2019.

 

Des intentions ciblées sur la cohésion sociale dans les Contrats de ville, sur les infrastructures dans les Contrats de ruralité

La lecture des contrats ne livre pas deux réalités, « l’une des villes et l’autre des champs », diamétralement opposées. Les territoires sont traversés par des tendances et des problématiques qui peuvent souvent concorder, tant sur l’évolution des pratiques, les freins et leviers qui s’y rapportent, que sur la situation des acteurs sportifs ou l’organisation territoriale du sport. Mais les contrats de ville et les contrats de ruralité proposent deux cadres différents et génèrent des attentes et approches différentes.

article Emoha

Les contrats de ville ont partiellement intégré la question sportive durant leur élaboration. Outre qu’au cours de celle-ci les acteurs du sport ont été peu impliqués, les données compulsées dans les diagnostics (2/3 des contrats en présentent) sont essentiellement rédigées sous l’angle de la cohésion sociale. De fait, le sport est peu présent dans le pilier « Cadre de vie » voire quasiment absent du pilier « Emploi – Développement économique ». Lorsqu’il est question de sport, les contrats développent une approche consistant à utiliser les activités physiques et sportives comme un support / un outil pour atteindre d’autres objectifs. Trois-quarts des contrats comprennent des fiches actions sur le sport, et celles-ci sont ainsi globalement en lien avec l’inclusion sociale des jeunes, la santé, la discrimination genrée. L’accessibilité aux équipements est également abordée.

article Emoha

De leur côté, les contrats de ruralité traitent quasiment tous de sport, quoiqu’à des niveaux variables. Ce sont dans les enjeux d’attractivité (souvent liés au tourisme), de mobilités et de la cohésion sociale que les activités physiques et sportives apparaissent. Les contrats de ruralité s’intéressent moins aux défis sociétaux que le sport peut aider à relever qu’à la pratique sportive en tant que telle, et aux conditions de celle-ci. Les infrastructures sont ainsi au cœur des objectifs et des projets (c’est le cas des ¾ des contrats de ruralité), qu’il s’agisse de voies vertes, de centres nautiques, d’aménagement de plan d’eau, de gymnases, de terrains de grands jeux, de parcours santé...

 

Le sport tient plutôt bien sa place dans la vie des contrats

La tendance est plutôt dynamique sur les contrats de ville : deux-tiers des territoires ayant répondu à l’enquête indiquent bien ou assez bien prendre en compte le sport dans la vie du contrat, dont la moitié estiment que cette prise en compte est en progression. Un certain nombre de territoires identifient un vrai apport du sport pour les quartiers et leurs habitants : ils mettent en avant le développement de nouveaux partenariats (dont le lien avec les habitants), le renforcement de la pratique notamment féminine (la place des filles dans les équipements sportifs extérieurs en particulier) et la capacité renforcée à capter des publics pour aborder d’autres sujets (l’alimentation, la santé, la citoyenneté, l’insertion professionnelle, l’environnement...). Les territoires indiquent également que cela contribue à valoriser le tissu associatif sportif et son rôle social structurant en proximité des habitants. Quoique la grande majorité des contrats aient programmé des actions se rapportant à une entrée sport, des « marges » (importantes) de prise en compte apparaissent :

  • Près des deux-tiers des territoires ayant répondu à l’enquête estiment que le nombre d’actions « sport » est faible au regard des enjeux du territoire.
  • Le sport a une faible traduction opérationnelle sur les piliers du cadre de vie et du développement économique – emploi.
  • Les territoires identifient des sujets qui restent en retrait : la pratique non fédérale, le handisport et le sport adapté, les publics empêchés (sur la cohésion sociale), la professionnalisation (sur l’emploi) et la mobilité (sur le cadre de vie).
  • Si des collaborations se sont nouées entre les acteurs « classiques » des contrats de ville et les acteurs du sport, ces derniers sont encore peu impliqués dans les instances et très peu déposent des projets lors des programmations.
  • Enfin, le sport reste faiblement porté : 1/3 des contrats identifient un référent et environ 10% ont mis en place un groupe de travail.

Ces marges de progression constituent un horizon d’autant plus réaliste que les trois-quarts des territoires qui ont répondu à l’enquête indiquent alors qu’ils comptent renforcer la place du sport dans l’action publique partenariale vers les quartiers prioritaires dans les années à suivre. Les évaluations engagées des contrats de ville apporteront sans doute leur écot dans cette réflexion.

Du côté des contrats de ruralité, les actions prévues sur le sport sont globalement engagées, sans retard. Quoique le sport ait été initialement positionné sur des enjeux d’attractivité, de mobilité et de cohésion sociale, des actions ont aussi été engagées en lien avec les autres volets (santé, bourgs centres, transition écologique). Les dimensions investies sont 1/ l’amélioration de l’offre sportive, sa diversification voire son accessibilité (via les infrastructures et leur répartition sur les territoires), et 2/ le développement du tourisme sportif (en veillant à toucher aussi bien les touristes que... la population locale). Le travail engagé s’appuie (très) peu ou pas sur un pilotage de l’entrée sport (pas de groupe de travail, très peu de référent). Les territoires identifient des avancées sur l’amélioration de l’offre sportive et, en conséquence, le développement de la pratique sportive, avec une optimisation des ressources financières et de l’innovation. Ils mettent en avant 1/ l’installation d’une offre nouvelle d’équipements 2/ présentant des caractéristiques plus adaptées à la diversification de la pratique voire 3/ la mise en place d’un dialogue territorial autour du sport. Parmi les territoires ayant répondu à l’enquête, la moitié compte renforcer la place du sport dans les projets d’investissement du territoire.

 

Ce qui parait avoir favorisé ou freiné la prise en compte du sport dans les contrats

Du côté des principaux facteurs leviers :

  • La volonté politique, voire la volonté d’investir de nouveaux champs d’action
  • L’initiative d’un ou plusieurs acteurs du sport, leur capacité à porter un projet, à s’inscrire dans la stratégie du territoire et le cadre d’un dispositif,
  • La connaissance du territoire sous l’angle du sport (offre / demande, besoins…) et l’intensité des besoins (vétusté des équipements par ex.),
  • Un « réservoir » de projets « sous le coude »,
  • La reconnaissance du sport comme un acteur central de la cohésion sociale d’un territoire et de la vie locale.

Du côté des principaux facteurs bloquants :

  • Des priorités politiques orientées par ailleurs, voire des besoins qui ne sont pas pertinents au regard des cadres d’action (notamment en termes d’investissement sur les contrats de ruralité),
  • Un manque de connaissance des initiatives existantes et réussies par ailleurs et qui pourraient donner des idées,
  • La difficulté d’impliquer les acteurs du sport dans des cadres territoriaux plus larges, et le manque de propositions de leur part,
  • L’absence de dynamique territoriale du sport, avec un manque de transversalité (entre services, entre échelles communale et intercommunale).

 

Des pistes d’amélioration identifiées autour de cinq grands enjeux

Pour aller plus loin dans la prise en compte du sport au sein de ces contrats, des enjeux de connaissance, d’animation, de ressources sont identifiés, d’autres concernent les modalités même de ces contrats et surtout disposent d’une dimension stratégique. Bien sûr, la mise en réseau des acteurs moteurs apparait primordiale, et l’accessibilité aux données essentielles est d’autant plus sine qua non que nombre de données existent et sont disponibles (qu’il s’agisse des licences, des équipements ou plus partiellement de la vie associative). Faire vivre un tel réseau, autour de ces données et d’une réflexion territoriale plus large, voilà un défi qui nécessite de s’appuyer sur un outillage à renforcer, tant du point de vue des aides et dispositifs existants, que du point de vue de ce qu’on pourrait nommer des « mesures d’appel » (le Pass’Sport va depuis dans ce sens).

article Emoha

La mise en place d’appels à projet dédiés présenterait le mérite de générer un effet focus, mais on sait aussi que la multiplication des appels à projet participe d’une certaine forme de cacophonie sur les territoires, avec plus de dynamiques certes, mais aussi un « voile d’illisibilité » des intentions publiques et la pression sur les capacités en ingénierie du tissu associatif, jamais assez réactif, jamais assez en consortium, jamais assez innovant ou proactif... C’est là que les enjeux stratégiques prennent tout leur poids, tant ils conditionnent le reste de la « chaine locale » qui, dans les faits, s’active plus ou moins bien. Comment incite-t-on les territoires à définir des orientations partagées pour l’accessibilité à la pratique sportive et l’articulation des APS aux dynamiques locales (éducation, mobilité, environnement…) ? Comment favorise-t-on l’implication renforcée des acteurs sportifs associatifs dans les instances et dynamiques partenariales de ces contrats en particulier et, plus largement, de la vie du territoire ? Voilà deux questions qui restent complètement d’actualité alors que sont réfléchis les Projets Sportifs Territoriaux au sein des Conférences Régionales du Sport. Gageons que ces dernières sauront accompagner l’appétence d’un certain nombre de territoires à prendre davantage en compte le sport dans leurs politiques.

En tous les cas, des besoins remontent, pour 1) intégrer le sport dans une réflexion territoriale en lui donnant aussi cette envergure, 2) créer une dynamique partenariale à tous niveaux (collectivités locales, clubs et tissu associatif), 3) donner à voir les ressources et cadres existants pour s’investir 4) en soutenant la capacité des associations sportives (leurs compétences), ainsi que des opportunités nombreuses pour développer la « surface » d’action du sport. Les JOP 2024 apparaissent comme une rampe de lancement inespérée pour de tels défis, alors que de nouvelles générations de contrat de ville et de contrat de ruralité devront peut-être s’écrire lorsque l’année 2022 aura livré le résultat des élections nationales… à bon entendeur !

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À propos de l'auteur

Pierre Grousson

Pierre Grousson est consultant au sein du groupe Pluricité, dont il dirige Emoha, la filiale spécialisée sur le sport.

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