La transition écologique dans les QPV, levier pour un sport « de haute qualité »

Publié par Pierre Grousson le 16 juillet 2026

La transition écologique s’est inscrite dans les contrats de ville signés en 20241. Pourtant, comme le montrent les travaux de l'IREV et nos propres recherches sur les métiers du sport dans l'Economie Sociale et Solidaire2, son appropriation demeure très inégale selon les territoires, les disciplines sportives et les acteurs. C’est donc à l’aune de contextes bien précis, mêlant plusieurs paramètres, qu’il est possible d’appréhender justement la situation et ces enjeux.

Vélo en quartier
@Bertrand Paris-Romaskevich

En croisant sport, transition écologique (TE) et quartiers populaires (QPV), on croise un impératif de diminution de notre empreinte environnementale et d’adaptation de nos pratiques à celui de l’attention portée à des inégalités multiples et cumulées. Le terrain dessiné par ces trois thèmes (sport, TE- et QPV) prend une signification particulière parce qu’il oblige à tenir ensemble nombre de sujets : l’accès au sport, l’adaptation climatique, la justice sociale, la santé environnementale, les équipements de proximité, l’espace public, les mobilités, les acteurs associatifs, …

Le centre de gravité de ces trois sujets pris ensemble ne se joue pas d’abord et seulement dans la performance environnementale du sport mais il est de créer les conditions sociales, spatiales et sanitaires qui rendent possible — ou impossible — une activité physique et sportive sobre, accessible, adaptée au changement climatique et bénéfique pour les habitants.

La TE appliquée aux quartiers populaires ne peut pas être pensée selon les mêmes termes que sur le reste du territoire : là où l'offre de pratique est déjà plus contrainte qu’ailleurs (diversité et qualité des équipements, diversité des activités, moindres opportunités…) un abord mal calibré de la TE risque d'accentuer ces inégalités plutôt que de les résorber. Comme en outre ces espaces sont largement abordés sous l’angle de leurs fragilités, il serait intéressant de renverser la perspective. Les QPV pourraient devenir les premiers laboratoires d’un modèle sportif renouvelé. Parce que les contraintes y sont plus fortes — complexité du foncier, pouvoir d'achat limité, mobilités contraintes, forte densité d'usages des équipements — les solutions qui y émergent sont souvent de fait plus sobres, plus mutualisées et plus inclusives. Le « sport de demain » pourrait ainsi s'inventer d'abord dans ces territoires où l'on apprend déjà d’une certaine façon à faire mieux avec moins.

La question devient alors la suivante : à quelles conditions la transition écologique peut-elle améliorer dans la même dynamique l'accès au sport, la santé des habitants, la qualité des espaces du quotidien et la cohésion sociale ? Autrement dit, comment construire des stratégies véritablement gagnant-gagnant pour le sport, les territoires et leurs habitants ?

Pour ce faire, il faudra pouvoir d’un côté s’appuyer sur des politiques publiques et des contributions privées aussi ambitieuses que les enjeux climatiques l’appellent et, d’un autre côté, ancrer le travail dans les réalités quotidiennes des quartiers populaires. Pour le sport, c’est un terrain de réflexions et de développement à saisir plus avant, avec l’ambition de devenir une activité « de haute qualité », créatrice de valeur globale et générant plus de bénéfices collectifs que de coûts, pour les individus, la cité et la planète.

C’est un beau trophée à soulever, gageons ainsi qu’il mobiliser les acteurs sportifs et leurs partenaires.


1 Analyse menée par l’IREV sur 27 contrats signés dans les Hauts de France. « sur 27 contrats de ville, seuls 3 n’ont pas d’axe de transition écologique à proprement parler ».

2 Les impacts de la transition écologique sur les métiers et compétences de la branche du sport au sein de l’économie sociale et solidaire, UDES – Ministère du travail – AFDAS, Objectif Transitions 2025, EMOHA groupe Pluricité avec Sport 1.5.

Emoha Pluricité

À propos de l'auteur

Pierre Grousson

Pierre Grousson est consultant au sein du cabinet Pluricité avec lequel il a fondé EMOHA, bureau d’études spécialisé sur le sport et les loisirs et plus particulièrement de leur utilité sociale, sociétale et économique.

http://emoha.fr/

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